Mobile et innovation en entreprise

La transition digitale en quelques fleurs : les Cent Fleurs

Après le bourgeonnement digital, nous continuons notre voyage floral au coeur de la transition digitale telle que nous la comprenons. Round 2 : les Cents Fleurs - Introducing : Mao Zedong.20160211-fleurs.jpg

Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent

Bon malheureusement, cette formule traditionnelle est liée à un moment tragique de l’histoire chinoise qui a coûté la vie à des centaines de milliers d’intellectuels, d’enseignants et d’étudiants.  Mais même à l’époque, l’idée d'origine du mouvement initié par Mao était vertueuse : inciter la population elle-même à formuler de nouvelles propositions politiques et économiques, prenant en compte que les bonnes idées ne peuvent pas toutes venir du seul Parti, mais que la population, dans toute sa variété, a les réponses aux problèmes que le parti cherche à régler.

Appliqué à l’informatique en entreprise, cela se traduirait simplement par cette même idée que les outils informatiques ne peuvent pas tous être pensés par les services IT, et que les projets doivent être à l’initiative des employés de l’entreprise. Jusque-là rien, de nouveau, cela fait des années que peu importe le projet informatique, les utilisateurs finaux sont impliqués dans sa conception via des questionnaires ou des workshops.

Ce qui est nouveau en revanche, c’est la capacité de ces utilisateurs finaux, ces détenteurs du métier, à orchestrer la réalisation du projet digital qui leur servira. Dans un projet informatique, les allers-retour entre conception et réalisation sont tellement vitaux que cette capacité à réaliser donne rétroactivement une bien plus grande capacité à concevoir. Et cette capacité nouvelle s'inscrit bien dans notre compréhension de ce qui se passe aujourd’hui en entreprise, dans le prolongement du bourgeonnement digital que nous évoquions : c'est ce qui permet la multiplication de plus petits projets indépendants au sein des différents métiers de l’entreprise. Les applications mobiles sont l’illustration parfaite de ces « petits projets » , et l’apparition des stores in-house dans les entreprises en sont le témoignage le plus visible.

Les stores in-house d'entreprise : qu’est ce que c’est ?

Les applications mobiles, pour iPhone ou pour Android (Windows Phone oui ?), ont commencé comme des applications B2C, accessibles sur les stores officiels : l’App Store et le Google Play Store. Avec la multiplication des applications B2B, dont la visibilité et la diffusion devaient être restreintes aux seuls employés de l’entreprise, de nouvelles plateformes ont vu le jour : les stores d’entreprises. Dans leur version les plus dédiées, elles miment le fonctionnement des stores officiels pour les simples utilisateurs, tout en ajoutant des fonctionnalités de gestion aux administrateurs du store. Appaloosa en est un bon exemple. Certaines plateformes vont plus loin, et débordent du simple store d’entreprise pour devenir de véritables Enterprise Mobility Management (EMM) platforms, des plateformes de gestion de flotte mobile qui ajoutent des fonctionnalités de management des téléphones eux mêmes, du système d’exploitation installé et des droits associés. AirWatch, qui appartient à VMWare, ou Mobile Iron en sont les meilleurs représentants.

La difficulté : concilier cette effervescence avec le besoin d’harmonisation au sein des grands groupes

L’enjeu majeur est un enjeu de sécurité. Donner plus de liberté à des initiatives localisées, c’est risquer de perdre en contrôle. La sécurité en informatique étant justement une question de contrôle, la multiplication de projets hétérogènes, mais qui doivent être liés au reste des infrastructures IT dès qu’ils veulent s’appuyer sur des données d’entreprise, peut poser problème. De même, l’idée de plus en plus acceptée dans des grands groupes de déployer une application web ou mobile sur des infrastructures IT externes (pour des questions de facilité et de coût) s’accompagne de très nombreuses implications en termes de sécurité. Mais il existe de nombreuses façons de bien faire.

Le deuxième enjeu est managérial : comment mutualiser les énergies déployées pour que cet effort s’inscrive dans une dynamique globale à l’échelle du groupe ? Et à contrario, comment éviter que cette énergie, et les budgets sur lesquels elle s’appuie (!) ne se disperse ? Vous l’aurez surement deviné, nous ne sommes pas particulièrement opposés à cette dispersion car à l’image de la branche à bourgeons, elle témoigne de la cohérence entre les besoins dans l’entreprise et les réponses informatiques apportées. De cette sérendipité (mot magique chez les start-up, à ressortir à votre prochain meetup) pourrait émerger la nouvelle Business Unit qui portera l’entreprise quelques années plus tard. Et qui est le mieux placé pour juger : le directeur général qui voit tout de loin à travers le filtre d’un fichier Excel, ou chacun des services qui développe l’application qui lui fera économiser du temps et gagner en efficacité une fois qu’elle sera utilisable ?

Un dernier enjeu reste l’enjeu technique. Pour pouvoir capitaliser sur ce qui sera développé, pour pouvoir échanger des données issues de différents projets, ou les agréger pour pouvoir les analyser à une échelle plus globale, il faut pouvoir relier ces projets. Mais avec les technologies disponibles aujourd’hui, c’est relativement simple. Et cela n’implique pas d’avoir pensé en amont l’architecture complète dans laquelle devront s’insérer chacun des projets pour pouvoir être un jour interfacés. Cela signifie utiliser des technologies et des méthodes qui permettront de dialoguer de façon agnostique avec n’importe quel logiciel qui respectera ces mêmes conventions. Les APIs sont l’une de ces méthodes.

Mais comment faire, Tistou ?

J’aime beaucoup les phrases longues, mais cette fois ci une application vaut mieux qu’un long discours. En partenariat avec Newton Vaureal, un cabinet de conseil référent en matière de Supply Chain, nous avons lancé Datapp, une suite d’applications pour gérer les aléas en entrepôt et en usine. La première application de cette suite est disponible sur le Play Store : elle permet de gérer de façon simple les réceptions litigieuses. Cette application illustre deux choses :

  • Sur une base simplissime (prendre une photo et la qualifier puis la stocker sur une base de données) nous allons pouvoir greffer les fonctionnalités que nos clients nous demanderons en fonction de leurs métiers, leurs activités, leurs gestes au quotidien. Cette maléabilité couplée à une base de données structurée est notre réponse concrète aux différents enjeux évoqués juste avant : s’assurer que l’outil sera utile en intégrant des fonctionnalités demandées par l’utilisateur lui même, tout en conservant une base de données évolutive mais solide, couplée à une API qui la rendra toujours compatible avec le reste du monde (notamment avec le département RH qui vient de lancer son application « Boite à idées » )
  • L’autre aveu que nous faisons ainsi est celui de vouloir apprendre en avançant. Comme le dit le fondateur de Linkedin, « Si tu es satisfait de la première version de ton produit, c’est que tu as attendu trop longtemps pour le sortir » Donc oui les curieux qui téléchargeront Datapp pourront railler son look. Et oui les responsables IT pourront s’amuser de notre naïveté quand on compare cette solution simple aux contraintes de sécurité qu’ils s’imposent en interne. Mais cette application et la vision que nous avons pour la suite nous permettent déjà de discuter avec ceux d’où viendront les bonnes idées : les opérationnels, les qualiticiens, les responsables d’entrepôt, les chefs d’exploitations, les directeurs commerciaux...

Découvrez DAtapp

Datapp est la preuve la plus concrète de ce que nous pensons. Mais au delà de cet exemple, nous pensons aussi que la façon de voir l’informatique en entreprise va changer. D’un point de vue organisationnel, elle s’intègre déjà différemment au sein des entreprises, se diffusant au sein de chaque service plutôt que de rester cloîtrée à l’étage IT. Mais les développeurs eux-mêmes voient leur rôle changer. Ces nouveaux développeurs doivent raisonner différemment, et leur expertise technique doit s’adapter à ce nouveau rôle. Voilà ma transition toute faite vers le 3e tome de la trilogie : les nouveaux développeurs.

 

 

Droits photo (CC) : https://pixabay.com/fr/users/tdfugere-2016042/

 

Publié par Thomas Bompaire
Le 12 févr. 2016 15:13:14
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